Article du JSL du 27 septembre 2008



Le point de croix n'a plus de secret pour Nicolas Rollin-Gobert et lui a redonné calme et sérénité. Une passion qui l'a conduit à abandonner le commerce de la pierre et du marbre pour se consacrer à une activité créative qui se conjugue plutôt au féminin.


Marié, père de cinq enfants, la carrure imposante Nicolas Rollin-Gobert s'est lancé avec passion dans un créneau habituellement peu prisé des hommes celui de la broderie. Un choix qui s'est imposé comme une évidence voici deux ans, quand des graves soucis de santé l'ont contraint à abandonner l'entreprise familiale où il se consacrait à la commercialisation de la pierre et du marbre. C'est pendant cette période professionnelle où il « avalait » des centaines de kilomètres chaque mois que Nicolas Rollin a développé sa passion du point de croix . «En attendant l'heure de mes rendez-vous dans une voiture, le soir dans les chambres d'hôtel, je retrouvais calme et sérénité en me concentrant sur une broderie...» Une activité pas toujours très bien comprise dans le milieu du bâtiment où l'on se penchait souvent par-dessus son épaule avec une question récurrente devant son ouvrage: «C'est quoi ce machin?»


Aujourd'hui installé dans sa maison «atelier» de Chagny, Nicolas Rollin suscite toujours la curiosité mais cette fois-ci dans le milieu plus ciblé des loisirs créatifs.

« La broderie a longtemps eu une connotation un peu vieillotte. Aujourd'hui cette activité connaît une nouvelle dynamique et se révèle propice à la création. L'ouvrage ne finit pas forcément encadré sur un mur, On peut très bien s'en servir pour décorer un plateau, un coussin, pour customiser ses habits....»


Comme tous les débutants, Nicolas a commencé par de petits motifs simples ne nécessitant que quelques heures d'attention. Il se contentait de suivre à la lettre et au point près, les dessins schématisés fournis dans les boutiques. «J'ai commencé avec des toiles Aïda, que je conseille d'ailleurs à tous les débutants. Ce sont des toiles faciles à travailler avec des trous très apparents.»

Nicolas apprend vite, toile de coton ou de lin de plus en plus fines, gaze de soie où l'on peut réaliser de petites miniatures de 3 par 4 cm... De fil en aiguille, l' homme peaufine sa technique et décide finalement de se lancer dans des créations plus personnelles. « Les paysages de Bourgogne m'ont toujours beaucoup inspiré. Au cours de mes déplacements professionnels, j'ai pris de nombreuses photos en particulier des toits bourguignons: le clocher de Nuit St-Georges, les tuiles vernissées des Hospices de Beaune....» autant d'exemples qui inspirent Nicolas. Reste ensuite à dessiner un modèle puis le reproduire au point de croix en définissant une ambiance et donc une gamme de couleur. Semblable à la palette d'un peintre, les écheveaux de coton de Nicolas lui permettent des variations à l'infini. Le choix de la toile mais aussi la qualité du fil fourniront un rendu très différent. « La lumière n'accrochera pas de la même façon avec du coton ou de fil de soie.... J'ai déjà en tête tous ces paramètres avant de commencer un nouvel ouvrage.» La force d'un mot, l'élégance d'une lettre touchent aussi beaucoup Nicolas . Après avoir fait le tour des abécédaires il vient de créer un «cœur bourguignon», savant mélange de mots à connotation régionale et de lettres aux formes gracieuses et variées.


L'objectif de Nicolas est de réussir à vivre de ses broderies ou plutôt des grilles qu'il a créées et qu' il reproduit en micro édition pour les proposer à la vente. Un marché actuellement exclusivement occupé par des créatrices. « Je pense être le seul homme en France a me lancer dans ce domaine. Une douzaine de grilles sont déjà finalisées. Six autres presque achevées. Je souhaite aussi créer une gamme de modèles pour les enfants de 10-13 ans , des modèles que je «teste» actuellement avec mon fils aîné âgé de 10 ans». Les grilles de ses créations sont actuellement proposées au Temps Apprivoisé, magasin de loisirs créatifs installé à Sevrey près de Chalon et à Chagny au magasin « le petit atelier ». Nicolas espère bien étendreson réseau de diffuseurs mais refuse pour l'instant d'utiliser l'outil internet. «Beaucoup n'hésitent pas à photocopier et reproduire les modèles trouver sur le net. C'est une hérésie et un vrai coup de poignard dans le dos de tous les créateurs...» Le message est lancé à tous les amateurs de broderie, achetez les grilles, ne les reproduisez pas à l'infini pour vos amis, vous aiderez peut-être un créateur à vivre plus décemment de son travail.

Martine Moreau

Contact: polychromes@gmail.com



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